Mot du président

Mai 2025

Un hôpital qui tombe, un système qui s’effondre

 

Les promesses brisées s’empilent. Depuis des décennies, les gouvernements se succèdent en promettant de reconstruire l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR). Aujourd’hui, le gouvernement de la CAQ s’ajoute à la liste, reculant sur un engagement clair, attendu depuis trop longtemps. C’est un recul inacceptable - pour les soignant.e.s, pour les patient.e.s, pour tout le réseau de la santé québécois. Trop de temps perdu, trop d’argent injecté dans une coquille vide, trop de belles paroles sans gestes concrets.

On ne peut plus parler de retard ou de simple réévaluation budgétaire : c’est un abandon en règle, une trahison des engagements envers des milliers de citoyen.ne.s. En campagne électorale, on promet de rebâtir. Une fois élu, on renie, on reporte, on efface. Le gouvernement de la CAQ, qui se dit préoccupé par l'accès aux soins et la dignité du personnel de la santé, démontre ici un flagrant manque de volonté politique - à honorer sa parole et à protéger les plus vulnérables.

Ce n’est plus un simple enjeu local. Ce qui se joue à l’HMR touche tout le Québec. On parle de l’un des plus grands hôpitaux de la province, qui dessert près du tiers de la population montréalaise, avec 20 % d’usagers provenant de l’extérieur de l’île. Ce n’est donc pas qu’une question de quartier: c’est un dossier de santé d’envergure nationale, un véritable miroir du traitement réservé aux infrastructures de soins dans tout le Québec.

Une population vulnérable, des besoins criants

 Selon le plus récent « Portrait de santé de la population » produit par la Santé publique en 2024, la population de l’Est de Montréal présente l’un des taux d’hospitalisation les plus élevés de la métropole. Il s’agit également du secteur ayant le plus fort taux de naissance (27 %) à Montréal. Autrement dit, les besoins de santé y sont plus grands, plus pressants, plus urgents. Ces chiffres auraient dû être un signal d’alarme.

Et pourtant, ce territoire demeure l’un des plus négligés en infrastructures de soins. Malgré des centaines de milliers de patients accueillis chaque année dans des conditions de plus en plus précaires, l’État semble incapable de livrer ce qu’il promet depuis 10 ans : un hôpital moderne, sécuritaire et à la hauteur des besoins d’une population en croissance. À ce stade, HMR ne répond même plus aux normes minimales d’un hôpital fonctionnel.

Ce refus d’agir, malgré les données accablantes, reflète un mépris flagrant des engagements pris en matière de santé publique. Les promesses électorales se sont multipliées, les annonces ont été faites avec éclat, mais sur le terrain, rien n’avance. Pendant que le gouvernement tergiverse, l’Est de Montréal attend, souffre et s’épuise. Comment peut-on prétendre prioriser la santé tout en laissant un hôpital aussi crucial s’enfoncer dans la désuétude ? À force de promettre sans livrer, la parole politique perd s’effrite encore — et ce sont les patient.e.s qui en paient le prix.

Un bâtiment qui s’effrite, à coups de millions

 Depuis 2014, près de 140 millions de dollars ont été investis pour maintenir en vie un hôpital qui date, pour l’essentiel, des années 1950. Ces sommes colossales servent à garder le bâtiment sécuritaire — ou du moins, à tenter de le faire. Ces montants ne servent pas à améliorer les soins: ils servent uniquement à éviter que le bâtiment s’écroule...Et ça, seulement en 2024, c’est avec un demi-million juste pour tenir une grille en place!

Ce qui s’est produit dans la nuit du 29 avril dernier à HMR aurait pu virer au drame. Un orage a provoqué une panne électrique majeure, paralysant temporairement certains soins essentiels, causant des dommages importants. Le personnel a dû intervenir d’urgence pour éviter une catastrophe. Comme l’a souligné un médecin sur place, il s’agit d’un « avertissement majeur » directement lié à la vétusté des installations. Les infrastructures actuelles mettent en danger la sécurité des patients comme celle du personnel. Cette fois, la catastrophe a été évitée — grâce au sang-froid et au dévouement des équipes sur le terrain. Mais combien de fois encore allons-nous miser sur la chance plutôt que sur le courage politique ?

Et pendant ce temps, on repousse, on reformule, on tergiverse. La CAQ avait promis une reconstruction. Elle recule. Avant elle, d’autres gouvernements avaient promis des plans, des budgets, des études. Ils ont tous reculé. Ce qui devait être une priorité est devenu un boulet. Mais pour les gens qui y travaillent, qui y reçoivent des soins ou qui y envoient un proche malade, HMR est devenu le symbole de l’inaction politique et du désintérêt envers l’Est de Montréal. Au lieu de prioriser cet enjeu à sa juste valeur, on assiste à un désengagement lent, pernicieux – une inaction maquillée en prudence budgétaire. C’est la stratégie du statu quo, recyclée mandat après mandat, pendant que les murs se fissurent et que la confiance s’effondre.

Ce n’est pas de la gestion responsable : c’est du cynisme déguisé. Et chaque recul alimente un dangereux précédent : celui où l’on banalise le non-respect des promesses - même quand il s’agit de santé publique.

Des conditions de soins et de travail indignes

 On demande à des équipes cliniques de fournir des traitements optimaux dans des espaces surpeuplés, vétustes, inadaptés à la réalité d’aujourd’hui. Des patients sont entassés dans des chambres trop petites, les risques de contamination sont accrus, les équipements sont en fin de vie.

Ces conditions ont un impact direct sur la qualité des soins, mais aussi sur le recrutement et la rétention du personnel médical. Qui veut s’engager à long terme dans un hôpital vétuste, dont la reconstruction est toujours remise à plus tard ? Comment convaincre les nouveaux diplômés de venir s’établir à l’HMR, quand les promesses de modernisation deviennent des mirages politiques ? Comment attirer les talents si on ne leur offre même pas un milieu digne du 21e siècle ?

Un symbole de l’état du réseau

 L’Hôpital Maisonneuve-Rosemont n’est pas qu’un hôpital parmi d’autres : il est devenu le symbole du sous-investissement chronique dans notre système public de santé. Il incarne cette tendance à colmater les brèches plutôt qu’à bâtir l’avenir. Il montre comment les décisions politiques — ou leur absence — finissent par nuire aux patient.e.s, mais aussi à tout le personnel qui tient encore le système à bout de bras. Il illustre tout ce qu’on reproche au réseau : lenteur administrative, promesses creuses, immobilisme politique, épuisement des soignants.

Mais il symbolise aussi la résistance, la mobilisation et la solidarité. Des médecins, des infirmières, des gestionnaires, des citoyens et des patients se lèvent pour dire : ça suffit. Cette mobilisation est forte, réelle et constante. Elle ne disparaîtra pas, et elle ne se taira pas. Parce qu’au bout de ce combat, il y a le droit fondamental à des soins de qualité, dans un environnement sécuritaire et digne.

Où est Santé Québec ?

 Santé Québec a été présentée comme la solution à la lourdeur administrative et à l’inefficacité du système. Mais dans un dossier aussi urgent que celui de l’HMR, on attend toujours les premiers vrais signes de son efficacité – pas seulement une visite pour « voir ce qu’on doit prioriser dans les réparations ». Si cette nouvelle structure veut prouver sa pertinence, c’est ici et maintenant que ça se joue!

Un point de bascule

La confiance s’effrite. La colère monte. Continuer à repousser la reconstruction d’HMR, c’est nier les besoins réels d’une population fragilisée. C’est manquer de respect envers les soignant.e.s qui tiennent debout un hôpital qui tombe. C’est aussi trahir des engagements répétés, avec une désinvolture de plus en plus choquante.

Ce n’est pas qu’une question de politique. C’est une question de justice, de dignité, de sécurité. Et c’est aussi une question de parole donnée. Le gouvernement avait promis. Il a reculé. Encore. Refaire une façade ne suffit plus. Il faut reconstruire. Maintenant.

Pour signer la pétition de la Coalition HMR, cliquez ici : https://forms.office.com/pages/responsepage.aspx?id=dT9aKojh5024oKc_uv4gBU9V6Jwc1JZLtA3sfr9A6I5UNThKRDlBVTdTQVA2UjY5NFRXSjNTQ1lCSS4u

* L’AMOM est toujours à la recherche de médecins de famille – qu’ils exercent à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont ou que leur pratique soit impactée par son état problématique - qui souhaitent témoigner, à visage découvert ou de façon anonyme. Vos voix sont essentielles pour faire entendre les réalités du terrain et mettre en lumière les conséquences concrètes du sous-investissement sur les soins, les patients et l’organisation du travail. Chaque témoignage compte.

Merci pour votre précieuse collaboration.

Samer Daher, md.
Président
Association des médecins omnipraticiens de Montréal